"Avant-hier, un jeune de 18 ans originaire de Bois-Bernard (Pas-de-Calais) comparaissait devant le tribunal correctionnel d'Hazebrouck pour des faitsde bizutage, qui se sont déroulés à l'internat du lycée Sainte-Marie à Bailleul, du 16 au 23 septembre. Il a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à du travail d'intérêt général. Dans cette affaire, deux Dunkerquois sont poursuivis par la justice des mineurs.
À l'internat du lycée Sainte-Marie à Bailleul, tout commence avec des coups de poing et des gifles. Quatre jeunes (un majeur et trois mineurs, dont deux Dunkerquois) s'en prennent à d'autres élèves. Très vite, l'un d'eux, âgé de 16 ans, devient leur souffre-douleur. Et puis, le jeudi 23 septembre, « tout a dérapé », selon les termes même du président du tribunal, hier. Ce soir-là, en plus des coups, les quatre copains couvrent le corps du bizut de feutre, forcent la porte de sa douche, lui urinent dessus, écrasent des cigarettes sur son corps et le frappent avec des serviettes mouillées.
Le prévenu n'était pas soupçonné de l'intégralité des faits mais avant-hier, il a reconnu avoir donné des coups et pris part à la séance d'humiliation le 23, en écrasant notamment sa cigarette sur le corps de la victime.
Hier, la victime était venue avec sa mère. Le prévenu, « un garçon sans histoires », s'est montré mal à l'aise, répondant par bribes aux questions du tribunal : « C'est le groupe, on n'a pas réfléchi. » « Pourquoi s'acharner sur lui plutôt qu'un autre ? », a demandé le président. Le prévenu a haussé les épaules.
Le président et le procureur, Ludovic Duprey, ont cherché à en savoir plus, tout au moins à provoquer des excuses : « Ne quittez pas le tribunal en regrettant de ne pas avoir parlé à la victime. Pensez-y, ça vous aidera. » Presque en vain. À la fin de l'audience, le prévenu a bredouillé une phrase d'excuses, se tournant vers son ancien bizut. Ce jeune a souhaité s'exprimer et a expliqué au tribunal pourquoi il avait attendu près d'une semaine avant de se plaindre : « Des anciens élèves de Bailleul m'avaient dit qu'il y avait un peu de bizutage. Je m'y attendais. Au début, c'était quelques coups, ce n'était pas bien grave (...). Il (le prévenu) faisait ça toujours très calmement mais je ne pense pas que ce soit de la cruauté. Il a suivi. Il aurait dû réfléchir aux conséquences de ses actes. » Sa mère s'est constitué partie civile et a demandé 500 E de dommages et intérêts.

« Banalité du mal »

Le procureur a parlé de « banalité du mal » et a analysé : « L'une des particularités incroyables du bizutage, c'est qu'il est très souvent accepté par la victime et on n'en parle pas. Là, il a fallu dépasser les doses prescrites (...). Aujourd'hui encore, l'auteur des faits ne sait pas trop dire pourquoi. Il faut qu'il réfléchisse, pour la suite, à sa capacité d'être d'une violence froide. » Le procureur a requis trois mois de prison avec sursis assorti d'une peine de travail d'intérêt général.
« Il n'était pas l'élément le plus actif, a défendu l'avocate. Des sanctions scolaires, familiales ont déjà été prises.
C'est certainement la seule et unique fois qu'il se retrouve devant une juridiction. »
Le tribunal a condamné le jeune à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis, à 105 heures de travail d'intérêt généralet à indemniser la victime. "