Discrimination, « pratique d’un autre temps », refus d’accès aux stages. Il y a quelques semaines, la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Liège, était pointée du doigt pour son folklore et la ségrégation qui existerait entre les étudiants, baptisés ou non. Le baptême a-t-il tellement d’impact sur la vie des étudiants et des professionnels ? « Je n’ai jamais demandé à un étudiant qui sollicitait un stage s’il avait fait son baptême, insiste Jean-Philippe, baptisé en 1987. Je sais que quelques extrémistes le font, mais c’est anecdotique ».
Plusieurs vétérinaires l’assurent : « Le baptême n’a rien à voir avec la pratique du métier ». Cédric, diplômé en 2006, se rappelle que « Certains baptisés avaient peut-être des facilités avec les chargés de cours. En tout cas, nous, les non-baptisés, on n’avait pas de difficultés. Mais dans mon année, il y avait peu de baptisés, les deux ou trois excités étaient noyés dans la masse. » Pris pour des ploucs

Catherine, 29 ans, est de la même promotion. Elle, elle s’est sentie un peu plus exclue. « Les baptisés ne pouvaient pas nous parler. Le comité organisait des soirées et se réservait le droit d’entrée. Clairement, on était pris pour des ploucs ».
Si les baptisés se refilaient tuyaux d’examens et notes de cours, ils finissaient toujours par atterrir entre les mains de tous. « Sur la première page, il y avait un avertissement : les non-baptisés n’avaient pas le droit de les avoir, confie Cédric. Cela n’empêchait rien… » Certains étudiants ont été gênés par les comportements de certains enseignants. « Les assistants participaient aux guindailles, se rappelle un ancien. Ils se mettent dans un camp. » « Certains baptisés pouvaient récupérer des notes chez un assistant suite à un à-fond (une bière cul-sec, NDLR) », lance un autre. « Aux interros, les baptisés justifiaient leur manque d’étude par les guindailles, on leur disait que ce n’était rien », souligne Catherine. Un membre du corps professoral pointe une pratique plus récente : « Autrefois, on constituait les groupes pour les travaux pratiques par ordre alphabétique. Aujourd’hui, pour une matière, un professeur les forme lors d’un pré-baptême. » Les choses auraient empiré ces derniers temps, en raison de l’instauration d’un examen d’entrée qui limite les inscriptions : la proportion d’étudiants baptisés est désormais nettement plus importante qu’il y a plusieurs années. « Un de mes stagiaires, pourtant très motivé, vient d’abandonner la médecine vétérinaire pour se tourner vers la médecine, rapporte un praticien. Il n’imaginait pas faire encore 5 ans dans cette sale ambiance. C’est dommage, car il était très prometteur. »
Si ces anciens étudiants comprennent que des plaintes ont été déposées ? Oui, chacun ressentant les choses à sa manière. « Mais les plaignants doivent encore passer 5 ans là-bas, j’espère qu’ils ont bien réfléchi… » Cela en dit déjà long.

Une charte et de nouvelles valeurs

Quatre plaintes ont été déposées au Centre pour l’égalité des chances. Des plaintes évoquant discrimination, insultes, harcèlement, visant des étudiants mais aussi deux professeurs et des vétérinaires installés.
Le recteur de l’ULg, Bernard Rentier, a rencontré les personnes concernées. « Cela a permis de confirmer des comportements inacceptables. En fait, l’essentiel du problème se situe entre étudiants. Un noyau d’extrémistes, des baptisés, a des comportements très durs et ségrégationnistes envers les non-baptisés. » Exemples ? Le mépris, les insultes. Une fois, un non-baptisé a été coincé dans un coin, on lui a ôté son t-shirt aux couleurs de la faculté sous prétexte qu’il n’était pas digne de le porter. « C’est très dérangeant. Il y a une pression faite sur la liberté d’actions et de mouvements de ces étudiants. Quant à ceux qui pratiquent ces comportements, ils disent que ce n’est qu’un jeu. Cela démontre qu’ils n’ont pas conscience de la gravité de ce qu’ils font. »
Pour tenter de renverser la vapeur, la faculté de médecine vétérinaire a planché sur une charte de bonnes pratiques, ces dernières semaines. Une imposition du recteur qui vient de donner son aval à la proposition rédigée par une commission créée pour l’occasion, composée du doyen, de professeurs, de membres du personnel scientifique et administratif et d’étudiants, baptisés ou non. Dix points ont été définis, reprenant des engagements et des décisions allant à l’encontre de toute discrimination. En bref, l’appartenance ou non à un groupe ne devra entraîner aucune conséquence quant à l’accès aux notes de cours ou aux locaux.
Les enseignants ne pourront laisser sous-entendre aucun soutien ou attaque vis-à-vis d’un groupe. Les informations relatives aux activités d’enseignement seront portées à tous dans le même délai. Autre exemple : les élections des délégués ne seront plus organisées par les étudiants mais par l’université. Les membres de la faculté devront respecter ces engagements, sous peine d’être sanctionnés.
La charte a obtenu l’aval du recteur. Elle sera examinée par le conseil de la faculté le 2 décembre, par le conseil d’administration de l’ULg le 15. Et elle sera évaluée en fin d’année scolaire.