La campagne de SOS Bizutage contre les bizutages en France
Septembre 1987, Jean-Claude Delarue dénonce au micro de son haut-parleur le bizutage qui se déroule au Jardin du Luxembourg.
Sale temps pour les élèves de première année des classes préparatoires aux grandes écoles d'un lycée catholique. Sous le regard attentif d'un des "préfets" de cet établissement, ils font connaissance avec la "tradition".
Harassés d'avoir marché à quatre pattes dans les rues du quartier latin, rampé dans le caniveau sous les quolibets de leurs "anciens", ils vont maintenant se restaurer. C'est l'heure de la fameuse "soupe vomitive": têtes de porc bouillies, Tabasco, huile de foie de morue, chamallos, vin rouge, bicarbonate de soude. Plus, à partir du deuxième convive, les vomissures du précédent.
La campagne commence
SOS Bizutage n'a pas accepté. L'association lance une campagne médiatique qui durera 10 ans. Car les pouvoirs publics ne bougent pas. Ainsi, les sénateurs ont autorisé le bizutage du lycée catholique dans le Jardin du Luxembourg qui est leur propriété. Ils trouvent cela "amusant", comme me l'a confirmé en septembre 1997 un rapporteur de la loi Ségolène Royal au Sénat.
Pas question de relater ici à nouveau le cortège d'humiliations et de sévices que SOS bizutage a médiatisé toutes ces années. Rappelons seulement l'affaire de cette Fac de pharmacie: des garçons sodomisés avec une bougie sur l'ordre de la présidente de l'association des étudiants, ou "corpo"). Et celle de la cassette vidéo de bizutage-strip-tease forcé vendue bêtement à un militant par la "corpo" d'une Fac de médecine et diffusée à notre demande sur les chaînes de télévision.
Pierre Bérégovoy
En 1992, Jean-Claude Delarue rencontre le premier ministre. Cet autodidacte est imperméable aux pseudo-justifications du bizutage avancées par ses partisans. Un rite initiatique, Une intégration conviviale? Pierre Bérégovoy n'est pas dupe.
Il donne ordre au ministère de l'Education Nationale de publier une circulaire antibizutage qui cite d'ailleurs l'action de l'ADUA.
Grâce à lui, le bizutage commence à reculer. Des écoles le suppriment, d'autres en éliminent les pratiques les plus intolérables.
Anciens élèves
Mais les bizuteurs et les associations d'anciens élèves ne s'avouent pas vaincus. Les bastions de ce bizutage institutionnel sont sans conteste l'association des anciens et certaines écoles d'ingénieur. Les autres écoles camouflent leurs bizutages, qui ont déserté le Jardin du Luxembourg pour des lieux plus discrets. Eux revendiquent fièrement - on est fier de ce qu'on peut - leur "tradition" qui dure deux mois interminables.
Enfin, Lionel Jospin et Ségolène Royal arrivèrent
Le 21 mai 1997, avant le 1er tour des législatives, Lionel Jospin écrit à Jean-Claude Delarue. Il veut "inscrire l'interdiction du bizutage dans le Code Pénal". Promesse instantanément reprise par Ségolène Royal. Soutenue publiquement par SOS Bizutage, des syndicats d'enseignants et des parents d'élèves, elle lance à son tour une campagne médiatique très efficace. Le texte antibizutages, malgré l'opposition du Sénat, sera voté.
Parallèlement, elle ouvre un numéro vert qui vient relayer le téléphone "SOS Bizutages". Claude Allègre, le ministre de l'Education Nationale, ferme provisoirement deux écoles de l'ENSAM. Des sanctions sont prises au prestigieux lycée Thiers de Marseille.
Le travail n'est pas terminé
Le France est l'un des pays ou l'écart est le plus grand entre les textes et leur application. Un vrai gouffre. Il faudra donc rester vigilant et prendre à chaque résurgence du bizutage des sanctions dissuasives. "La peur doit changer de camp" répète Jean-Claude Delarue.
Il faut aussi faire la chasse aux brimades et aux sévices dans les classes secondaires des lycées. Ainsi, dans un lycée du Vaucluse, le fils d'un militant de notre association a été sodomisé avec un balai! Il y a aussi certaines casernes - on nous a alertés sur le cas du 4e RIMA. Des clubs sportifs (on se souvient de Catherine Moyon de Baecque et du soutien que nous tous lui avons apporté.
L'apprentissage: deux maçons ont été condamnés à une peine de prison avec sursis au début du mois d'octobre à la suite d'un "rite d'initiation".
Non, le travail n'est pas terminé.
Les médias ont fait un large écho à l'action de SOS Bizutage : "France Soir", "Le Dauphiné Libéré", "La Voix du Nord", "Le Parisien", "Le Monde"," l'Humanité", "Liberté-Hebdo", Europe 1 (notamment avec un débat dans l'émission de Christophe Dechavanne qui avait été le premier à donner la parole à Jean-Claude Delarue en 1989 dans son émission "Ciel, mon mardi" et un autre débat avec Bernard de la Villardière sur RMC, france-Inter, Radio-France…
Il y a aussi eu des article dans la presse étrangère (notamment l'hebdomadaire allemand "Focus") et des émissions de télévision (BBC, RTL en langue allemande), et beaucoup d'autres.